Ma biographie

Deux ans pour écrire la biographie de Brel... Cinq ans pour celle de la Callas, deux ans pour celle de Brassens, plusieurs mois pour celles de Macias et Travolta.

J'ai l'intention de mettre 122 ans pour écrire la mienne.
Personnage hors norme, il était logique que les ouvrages de Martin Monestier le soient aussi. Ecrivain-journaliste, photographe, grand voyageur, bourlingueur des mots et des idées, rien ne l'arrête dans sa quête de l'originalité. Les mouches, sous sa plume, deviennent le plus terrible prédateur de l'humanité, les excréments révèlent une histoire de l'homme comme on ne l'avait jamais lue, et il fait de l'anthropophagie son miel pour ne pas dire son plat de résistance. Cet extravagant pousse l'érudition des incongruités à son comble et, grâce à lui, les tabous n'ont (presque) plus de secrets. Tour à tour provoquant, dérangeant, entomologiste de nos travers et de nos perversités, Martin Monestier est un écrivain de l'extrême qui s'est fait une spécialité du témoignage par KO.
 
« Je suis un voyeur de métier », revendique Martin Monestier qui se dénomme «journaliste faisant des livres ». Sa réputation de déchiffreur de la face sombre de l'humanité le fait passer pour un pessimiste contagieux au goût bizarroïde. L'album de mon chien et Les secrets de Garcimore cela fait mauvais effet. Histoire et bizarreries sociales des excréments et Les monstres n'ont pas arrangé sa renommée.

A 36 ans, animé par des pulsions de mort, il avait transformé son appartement en mausolée avec les fenêtres recouvertes par les radiographies des différentes parties de son corps, en guise de vitraux. Son lit était alors un cercueil qui a fini en bac à fleurs. Fasciné par le suicide, il lui a consacré son premier ouvrage, Suicides, remanié à plusieurs reprises. Série en cours oblige.

Le 25 avril 1942, Martin-Sixte Vitanyi (son véritable nom hongrois) vint au monde auréolé d'un chiffre pontifical, symbole de son art du recensement, entre l'inventaire de Jacques Prévert et les listes dressées par Georges Perec. «Tout ce que je fais sert à démontrer que l'homme est foncièrement mauvais car Satan gouverne le monde», explique-t-il pour justifier les Cannibales et Peines de mort.

La fiction ne séduit pas l'ancien photographe qui fit deux tours du monde à l'époque charnière des années 60-70, au côté de Raymond Depardon et du regretté Gilles Caron. Les images fixes ne ramassant que l'écume des faits, il se détourna des reportages qui illustrent au lieu d'informer. Détaché de son million de clichés, il poursuit par écrit sa relation avec les autres. En 1982, pour écrire Tueurs à gages, il rencontra des membres du FBI et publia une petite annonce dans Libération: « Cherche homme jeune, prêt à tout, connaissant les armes, pour mission délicate très bien rémunérée. »

Il y a quinze ans, cet amoureux du réel avertit ses amis, au cours d'une émission, censurée par France Inter, qu'il venait de tuer quelqu'un. Le canular lui permit d'alléger son carnet d'adresses. Martin Monestier a son nom dans l'annuaire afin de pouvoir être joint par des lecteurs qui améliorent ses connaissances. Traduite en vingt langues, son œuvre a besoin du marché international car la France ne lui suffit pas pour vivre de sa plume bien qu'il ait vendu 220 000 exemplaires de sa biographie de Jacques Brel.

Ses thèmes marginalisés par la société ne lui font pas perdre de vue qu'il ne scrute que des réalités présentes partout dans le monde où «la peine de mort est de plus en plus rétablie».

Bernard Morlino